Arbitrage togolais : le temps des réformes, plus des excuses

Le football togolais peine encore à retrouver sa place sur la scène continentale. Si les performances des clubs et des sélections nationales alimentent souvent les débats, un autre secteur semble également accuser un retard important : l’arbitrage. L’absence quasi constante des arbitres togolais lors des grandes compétitions africaines et mondiales en est une illustration frappante.

Certes, certains évoqueront le parcours de Vincentia Amedome, qui a porté haut les couleurs du Togo sur la scène internationale. Mais au-delà de cette exception, la réalité demeure préoccupante : le pays est pratiquement absent des rendez-vous majeurs comme la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) ou la Coupe du monde.

Cette situation n’est pas uniquement le reflet d’une faible représentation internationale. Elle est également alimentée par les nombreuses critiques qui entourent les prestations des arbitres sur les compétitions nationales.

Des critiques récurrentes sur les terrains nationaux

Au terme de la rencontre entre ASFOSA et Arabia, l’entraîneur d’ASFOSA, Sedjro Gakpé, n’a pas caché son amertume.

« L’arbitre ne nous a pas aidés par rapport à certains contacts qui auraient permis de poser le ballon. »

Quelques jours plus tard, à l’issue du match de deuxième division entre Ifodjè et la JCA, Boukari Amadou s’est montré encore plus sévère.

« Si on veut développer notre football, on doit revoir l’arbitrage. Je ne comprends pas qu’un trio arbitral rate autant son match en deuxième division. Ils ne l’ont pas fait sciemment, mais c’est une méconnaissance. »

Ces critiques ne sont pas isolées. Durant toute la saison 2025-2026 de la D1 Lonato, plusieurs entraîneurs ont régulièrement dénoncé des décisions arbitrales contestables, relançant le débat sur le niveau réel de l’arbitrage togolais.

Athanase Nkubito pose le véritable diagnostic

Mais au-delà des critiques, une voix autorisée est venue poser un diagnostic beaucoup plus profond.

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Présent à Lomé dans le cadre des cours MA 2026 destinés aux arbitres d’élite, organisés du 3 au 7 août, le Responsable du Développement de l’Arbitrage (RDO) de la FIFA, le Rwandais Athanase Nkubito, estime que le problème dépasse largement les erreurs observées sur les terrains.

Pour lui, le Togo souffre avant tout de l’absence d’une véritable politique de développement de l’arbitrage.

« Il n’y a pas de raccourci pour faire un grand arbitre », résume-t-il.

Son analyse est sans détour. Selon lui, le département de l’arbitrage de la Fédération togolaise de football manque cruellement de ressources humaines. Avec Claude Djaoupé pratiquement seul pour piloter le développement de l’arbitrage dans tout le pays, il paraît difficile d’espérer des résultats durables.

Le responsable de la FIFA plaide ainsi pour un projet structuré, capable d’identifier, de former et d’accompagner les futurs arbitres dès leur plus jeune âge. Il recommande la création d’académies de jeunes arbitres, le recrutement dans les écoles primaires, les universités, mais aussi au sein des corps de métier où les aptitudes physiques sont déjà développées, notamment la police, l’armée et les autres forces de sécurité.

Le défi de la VAR et du football moderne

À cette nécessité de renouveler la base s’ajoute un autre défi majeur : l’évolution du football moderne. Avec la généralisation progressive de l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR), les officiels appelés à diriger les grandes compétitions doivent désormais maîtriser ces nouvelles technologies. Sans une formation spécifique dans ce domaine, les arbitres togolais auront du mal à prétendre aux compétitions internationales les plus prestigieuses.

Le constat est donc clair. Les critiques formulées chaque week-end sur les terrains togolais ne sont finalement que la conséquence d’un problème beaucoup plus profond : celui de l’absence d’un véritable projet de développement.

Le message d’Athanase Nkubito sonne ainsi comme une interpellation à l’endroit de la Fédération togolaise de football. Si le Togo veut revoir ses arbitres sur les pelouses de la CAN, de la Ligue des champions africaine ou de la Coupe du monde, il ne suffira plus d’organiser quelques stages ponctuels. Il faudra investir dans la formation, renforcer les ressources humaines, moderniser les outils et bâtir une filière solide capable de produire des arbitres compétitifs.

L’avenir de l’arbitrage togolais ne dépend donc pas d’un coup de chance, mais bien d’une vision. Et comme l’a rappelé le responsable de la FIFA, les grands arbitres ne naissent pas par hasard : ils sont le fruit d’un projet construit avec patience, méthode et ambition.

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