Musique : Yta Jourias, la voix pionnière du Togo

Musique : Yta Jourias, la voix pionnière du Togo

 

 

De Tsévié aux grandes scènes internationales, Yta Jourias a porté la chanson togolaise bien au-delà des frontières. Pionnière, artiste panafricaine et femme engagée, elle appartient à cette génération qui a contribué à donner ses premières lettres de noblesse à la musique moderne togolaise.

Née à Tsévié, Germaine Adjovi Amékou, connue sous le nom de Yta Jourias, entre véritablement dans la carrière musicale en 1957. À cette époque, la musique moderne togolaise en est encore à ses premiers balbutiements. Dans un paysage artistique en pleine construction, elle s’impose progressivement comme l’une des voix féminines de cette première génération d’artistes qui vont contribuer à forger une identité musicale propre au Togo.

Une voix au croisement des cultures

Le parcours de Yta Jourias témoigne de l’influence des nombreux courants musicaux qui traversaient alors l’Afrique de l’Ouest. Son répertoire puise notamment dans le highlife ghanéen, l’afro-soul et l’afro-funk, tout en conservant une sensibilité profondément africaine.

Son disque Noukè mé wo / Écoute le ciel, enregistré en 1961 avec le Béninois El Rego et son orchestre Les Commandos, illustre cette ouverture musicale et les échanges qui existaient déjà entre les scènes togolaise, béninoise et ghanéenne.

Cette capacité à s’inspirer de plusieurs traditions sans perdre son identité fera de Yta Jourias une artiste singulière dans l’histoire de la musique togolaise.

Une carrière au-delà des frontières

La scène togolaise ne sera rapidement plus son seul horizon. Yta Jourias se produit dans plusieurs pays, notamment en Hongrie, au Brésil, aux États-Unis, en URSS, en Suisse, en France, en Libye, au Nigeria et au Bénin.

Ces voyages témoignent d’une carrière qui dépasse largement le cadre national. À travers sa voix et ses chansons, elle participe ainsi à faire découvrir la culture musicale togolaise à des publics étrangers.

Mais son ambition artistique ne se limite pas à la représentation du Togo. Yta Jourias se veut également une femme de dialogue entre les peuples.

Une artiste engagée pour l’Afrique

Dans ses chansons, elle aborde des thèmes qui résonnent bien au-delà du simple divertissement : unité africaine, solidarité, coopération, amour, émancipation des femmes et vie sociale.

Elle chante notamment en haoussa, en kotokoli et en bambara, donnant à son œuvre une dimension véritablement panafricaine. Cette diversité linguistique accompagne une vision de la musique comme moyen de rapprochement entre les peuples.

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Des titres comme Pouvoir noir, Africa Bu Nyo, L’amour et l’argent ou encore Metsa Volomiye témoignent de cette volonté de parler de la société, de l’identité et des réalités humaines.

Afrisson la présente d’ailleurs comme une « ambassadrice de la chanson panafricaine », une formule qui résume la dimension particulière de son parcours.

Vingt-sept ans en Côte d’Ivoire

En 1971, Yta Jourias s’installe en Côte d’Ivoire. Elle y passera 27 années, au contact de nombreux grands noms de la musique africaine.

Cette longue période ivoirienne constitue un autre chapitre majeur de sa carrière. Elle lui permet de poursuivre son évolution artistique dans un environnement musical particulièrement dynamique et de consolider son expérience au sein d’une scène devenue l’une des plus importantes du continent.

En 1998, après près de trois décennies passées en Côte d’Ivoire, elle regagne le Togo.

Une pionnière, et une mémoire à préserver

 

L’histoire de Yta Jourias dépasse aujourd’hui celle d’une chanteuse et de sa discographie. Elle est aussi celle d’une génération de femmes artistes qui, très tôt, ont participé à la professionnalisation et à l’internationalisation de la musique togolaise.

Son itinéraire rappelle surtout que la musique togolaise ne s’est jamais construite en vase clos. Elle s’est nourrie des échanges avec les pays voisins, particulièrement le Ghana, le Bénin et la Côte d’Ivoire, tout en développant des thèmes, des voix et des sensibilités qui lui sont propres.

Yta Jourias s’éteint à Lomé en août 2009. Après sa disparition, des hommages lui sont rendus, notamment à Paris, tandis que l’État togolais s’associe à sa famille pour ses funérailles.

Plus d’une décennie après sa disparition, son nom demeure attaché à une époque fondatrice de la musique togolaise moderne. Une époque où quelques voix pionnières ont ouvert la voie à plusieurs générations d’artistes.

Yta Jourias fut de celles-là : une voix de son temps, mais aussi une voix qui avait déjà compris que la chanson pouvait franchir les frontières, rapprocher les peuples et porter une vision de l’Afrique.

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